Les Mieux

“Condor”, Série Noire Gallimard, 2016.

couverture du livre Condor de caryl Ferey

Ce roman « chilien » est à la fois cousin de Mapuche pour sa proximité historique et géographique, le couple amoureux qui s’y déploie envers et contre tous, la visite sociologique du pays depuis les banlieues ostracisées de Santiago jusqu’à l’oligarchie locale, et les thèmes qui me sont chers – fascisme ordinaire, néolibéralisme exacerbé, conditions des peuples autochtones et d’une planète mise à mal par l’incurie de gouvernements clientélistes... Condor est aussi bien différent de mes autres livres « étrangers » : la violence y est moins brute (l’insécurité au Chili est sociale), le chaos plus psychologique, avec un rapport quasi mystique entre les personnages d’Esteban et Gabriela. Il y a surtout un roman dans le roman, pierre angulaire du livre, explorant d’autres territoires du polar. C’est ce qui m’intéresse, au-delà du genre que j’affectionne. La profondeur des personnages créent l’empathie. Entre Stefano, l’ancien gauchiste revenu d’exil pour y monter un cinéma de quartier, Gabriela la jeune vidéaste au destin de machi (chamane Mapuche) contrasté, et Esteban, gosse de riches devenu l’avocat des causes perdues spécialisé dans le sabotage tout azimut, mon cœur balance d’une joie féroce au désespoir ici institutionnel.

Mapuche - Elu meilleur polar de l'année par le magazine LIRE

Enfin… Après de multiples déboires, du retard à l’allumage malgré trois années d’écriture non-stop, mon prochain roman, « Mapuche » voit le jour. Je ne sais pas si c’est le meilleur, mais c’est celui dont je me sens le plus investi, possédé, affectivement, moralement, politiquement. J’ai eu la chance de rencontrer les Argentins de Paris échappés des geôles des prisons clandestines lors de la dictature, leurs descendants, la communauté Mapuche en France et en Amérique du Sud, les Grands-Mères de la Place de Mai, et bien d’autres gens qui m’ont aidés lors de mes pérégrinations sur place, de nuit comme de jour. Gros sur la patate, tant leurs récits sont émouvants, mais quelle énergie de vie dans ce pays… J’espère qu’on retrouvera tout ça dans le livre, dense comme il se doit, partagé entre la torture et la poésie, l’amour et la rage. Mes thèmes de prédilection ?
A l’heure où la crise financière frappe l’Europe, on notera que le gouvernement argentin a fini par envoyer balader le FMI, leur monnaie, et les lois d’amnistie envers les répresseurs de la dictature… Et ça marche - +7% de « croissance »...
Comme dans Haka et Utu, une deuxième partie se profile (qui n’est pas une suite) : elle se déroulera au Chili, plus spécifiquement autour des Mapuche et des lois anti-terroristes dont ils font l’objet. Mais c’est une autre histoire...


Extraits sonores

Présentation "Mapuche" - (Performance)

En marge du nouveau roman « Mapuche », de Caryl Férey, édité à la Série Noire (Gallimard), un spectacle de 15 minutes a été créé. Il s’agit d’une lecture jouée et mise en son par une comédienne et deux musiciens disons-le, assez exceptionnels.
Il s’agit moins d’une lecture avec un accompagnement musical, que d’un oratorio où la musique interprète librement le premier chapitre d’introduction du livre, sombre et aérien puisqu’il s’agit des Disparus de la dictature argentine, jetés vivants des avions… Guitare très électrique, sons divers et synthétiseur, quinze minutes en apnée.   
Une part d’enfer qui est aussi la nôtre puisque l’auteur a eu la « chance » de rencontrer des rescapés de cette sanglante dictature, réfugiés en France.

Texte joué en Français par Alice Varenne, comédienne, Marc Sens, guitariste, et Manusound au clavier/sons.

Présentation des intervenants :

• Alice Varenne : comédienne, a  joué au théâtre avec notamment Benno Besson, Eric Vigner, Coline Serreau, et plusieurs pièces radiophoniques à France Culture.

• Marc Sens : guitariste inclassable (trois albums solo), joue avec le groupe de rock expérimental « Zone Libre » (Serge Teyssot-Gay – Noir Désir – Cyril Bilbeau – ex Sloy – la rappeuse Casey et B. James), et d’autres musiciens comme Yann Tiersen ou Miossec. Participe également à des spectacles de théâtre et de danse contemporaine (« La Zampa »), ainsi qu’à des pièces radiophoniques (France Culture).

• Emmanuel Léonard : sons, basse et programmes de « Yosh » (dub-rock) et « Manusound » (dub-électro). Travaille aussi pour le Théâtre National de Bretagne (son) avec Rodrigo Garcia, M. Di Fonzo Bo, S. Nordey (etc.) et à la radio (France Culture).

L’auteur :

Auteur d’une dizaine de romans, de textes, nouvelles ou chansons, d’une trentaine de pièces radiophonique et scénariste. Son précédent roman «Zulu», a remporté dix Prix Littéraires en 2008 et 2009, parmi lesquels le Grand Prix de Littérature Policière, le Grand Prix des Lectrices de Elle, le Prix du Roman Noir du Nouvel Obs’, le Grand Prix du Roman Noir du Festival du film de Beaune, vendu à près de 200000 ex, traduit en dix langues et en cours d’adaptation pour le cinéma (Eskwad Production).  

FICHE TECHNIQUE SON : Mapuche

“Zulu”, Série Noire Gallimard, 2008.

Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l’Inkatha, en guerre contre l’ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu’elles lui ont fait… Aujourd’hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l’Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d’Afrique, bat tous les records. Les choses s’enveniment lorsqu’on retrouve la fille d’un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l’agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds… Si l’apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l’ombre de la réconciliation nationale…

-Grand Prix de Littérature policière 2008

-Prix “813” 2008

-Grand Prix du Roman Noir au festival du film policier de Beaune 2009

-Prix Lion Noir du festival de Neuilly Plaisance 2009

- Prix du Roman Noir Nouvel Obs/Biblio Obs 2009

-Prix Ancre Noire du festival du Havre 2009

-Prix Amila Meckert/Colère du Présent 2009

-Grand Prix des lectrices de Elle 2009

-Prix Quai du Polar/20 Minutes 2009

-Prix Mystère de la Critique 2009


Adaptation de « ZULU » : long-métrage de Jérôme Salle
Prod : ESKWAD.


"Haka", Editions Baleine, 1998, réédition Folio Policier 2003.

L’histoire de ce livre est tellement rocambolesque que je vous la raconterai un autre jour. Fruit de mon premier séjour en Nouvelle-Zélande, Jack Fitzgerald est le héros Maori de ce roman dur et lyrique. Des maladresses (j’avais entre 27 et 30 ans quand je l’ai écrit) mais du souffle et des morts comme s’il pleuvait des mots d’amour. Une partie de l’histoire est inspirée de mon premier roman (non publié) – John et Eva, elle-même terrible personnage rencontré lors de mon tour du monde – comme quoi rien ne se perd. J’écoutais Killing Joke, Pandemonium surtout. Un premier prix pour ce roman mort-né, puis ressuscité par une série de miracles dont la vie est experte.

“Utu”, Série Noire Gallimard, 2004

-Prix Michel Lebrun 2005

-Prix SCNF 2005

-Prix Sang d'encre 2005

     

Sorte de suite de Haka. On apprend beaucoup plus de choses sur les Maoris – à force d’y retourner, j’ai pu assister à de vrais Haka… Le « pétillant » Paul Osborne reprend l’enquête de Fitzgerald, et découvre la face cachée de l’iceberg. Pas un vertige, une chute. Le livre le plus proche – malheureusement – de moi. J’écoutais Noir Désir, Dies Area, puis Des Visages des figures, jusqu’à écoeurer mon entourage. Trois prix pour Utun (et sortie du RMI).

Mac Cash

"Plutôt Crever", Série Noire Gallimard, 2002

Patrick Raynal me donne une chance avec ce roman pas tout à fait maîtrisé. La raison est simple, c’était un hommage à Pierrot le Fou (je déteste le mot culte mais le corps y est) et JL Godard. A 30 ans, c’était beaucoup trop pour un petit homme. Enfin, Mc Cash y apparaît, à la poursuite de deux jeunes troublions, tueurs accidentels d’un député – inspirée d’une aventure vécue à Rennes. Mc Cash est borgne, buté, brut, et pense souvent avec sa bite. Au-delà des allitérations, un personnage qui m’est cher puisque c’est la version à peine romancée d’un de mes meilleurs amis… « Un tendre au cœur dur », qu’on retrouve en chair et en os dans « Petit éloge de l’excès ». J’écoutais Tostaky et 666.7 Club, comme un obsédé.

"La jambe gauche de Joe Strummer", Série Noire Gallimard, 2007.

La mort de Joe (c’est le pote de toute ma génération) nous a fait verser bien des larmes. Ne pouvant laisser Joe seul dans sa putain de tombe, j’ai remis Mc Cash sur le tapis, en lui collant une fille dans ses grosses pattes, rien que pour l’emmerder. La première partie est chouette, la seconde défile. Il est comme ça, Mc Cash : il s’emballe et après il fout tout en l’air. J’écoutais les Clash bien sûr.

Textes Courts

"Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationnale", 2013.

La plouquerie" comme je l'appelle communément, reprend un court texte édité par JJ. Reboux, "L'âge de pierre", évoquant mon rapport pour le moins conflictuel avec mon sportif de frère, aîné d'un an, et un plus long texte inédit, "l'âge de fer", initié par l'excellente Véronique Ovaldé, également éditrice, texte retraçant mon parcours du combattant dans le monde de l'édition. C'est donc une sorte d'autobiographie, véridique mais pas très sérieuse, sur les déboires d'un écrivain parti de Montfort-sur-Meu, Ille et Vilaine, et du RMI, jusqu'au tournage de Zulu en Afrique du Sud. A noter que mon frère, à qui le livre est dédié, a été le seul à rire de cet opus familial (du moins concernant la première partie). J'ai pris un plaisir fou à écrire cette autobiographie où tous les coups encaissés n'auront servi qu'à rebondir plus loin, plus haut, plus fort - du Nietzsche à la sauce Jimmy Connors. Bref, hormis mes polars étrangers, c'est aussi un des textes dont je suis le plus content, pour l'énergie qui s'en dégage, propre à mes héros type Joe Strummer, Brel ou Lawrence d'Arabie...

"Petit éloge de l’excès", 2007, Folio 2 euros.

J’y conte mes aventures de voyages (souvent tragi-comiques), y croque des personnages dingues comme ma grand-mère (un de mes meilleurs textes) ou l’inénarrable Lionel C, alias Mc Cash. Pour deux euros, on en a pour son argent – encore heureux.

"Raclée de Verts", 2007, Editions La Branche.

Un délire qui, personnellement, m’a permis d’écrire en pleurant (de rire, face à la connerie du personnage, un supporter des Verts de St Etienne à la « grande époque »). Surtout l’histoire d’un pauvre type qui perd ses sens à mesure qu’il tue ses victimes. Très « libre »… J’écoutais Qui c’est les plus forts évidemment c’est les Verts !

"Queue du bonheur", 2008, Mag/Val.

Le centre d’art contemporain de Vitry m’a fait l’honneur de me commander un texte d’après le plasticien Claude Clotsky, un homme charmant dont je ne connaissais pas le talent. Ce petit texte est aussi un de ceux que je préfère.

Jeunesse

"Krotokus 1er Roi des Animaux", Pocket, 2010.

L’excellente Natalie Beunat me faisant rencontrer l’excellent Xavier d’Almeida, jeune éditeur chez Pocket, nous voilà copains. J’ai mis du temps à trouver un titre à l’image du récit. Un livre qui sous couvert d’aventures de pirates parle de politique et d’amour, voire de fesses, avec des animaux bien cinglés : un renard qui ne se déplace jamais sans ses poules, le lion Krotokus qui dévore ses sujets jusqu’à l’indigestion, Pâquerette la grosse vache, le prince Pupus qui refuse le pouvoir, préférant se pavaner dans les hammams avec de jeunes guépards… Je me suis beaucoup amusé en écrivant, ce qui est l’essentiel. Le mieux, c’est presque de le lire à haute voix aux enfants, quitte à en faire des tonnes. Complicité garantie – les enfants ne sont pas coincés.

"Jour de colère", Petite poche, Editions Thierry Magnier, 2003.

Elle est toujours vive – ma colère

"La cage aux lionnes", Souris Noire, Editions Syros, 2007.

Première aventure d’Alice, écrite pour ma fille, et l’excellente éditrice Natalie Beunat. Le personnage est marrant, l’esprit vif, les situations renversées (le père ne peut pas travailler quand sa femme n’est pas là, tellement elle lui manque : comme elle est géographe et partie aux quatre coins du monde, il ne travaille jamais. C’est sa fille qui le garde).

"La dernière danse des Maoris", Souris Noire, Editions Syros, 2008.

Même équipe en Nouvelle-Zélande. Découverte de la culture maorie, dont le Haka a fait le tour des cours d’école depuis la Coupe du monde de rugby.

"Alice au Maroc", Souris Noire, Editions Syros, 2009.

Pareil au Maroc.

"Ma langue de fer", Petite poche, Editions Thierry Magnier, 2008.

Un gamin refuse de parler. On apprend qu’il est Noir, les parents sans-papiers.

Les nazes

“Avec un ange sur les yeux”, (roman), éditions Balle d’Argent, 1994.

Il fallait bien commencer quelque part. Après avoir rasé plusieurs forêts primaires avec des manuscrits renvoyés par les éditeurs, un copain de bar (le légendaire « Chien Jaune », à Rennes) me propose de sortir mon petit dernier et de monter une maison d’édition pour l’occasion. « Avec un ange sur les yeux » concentre tous les clichés d’un premier roman. Le sujet, surtout, est beaucoup trop ambitieux pour un type de 24 ans – un trentenaire, enfant de parents divorcés, rencontre sa demi-sœur pour la première fois, ils tombent amoureux, fuguent, baisent, culpabilisent, ça finit mal. Gros succès à la signature : 104 livres vendus sur un tirage de 1000 ex, ce qui permet de payer l’imprimeur (l’avantage de bosser dans un bistrot), mais à oublier sous des litres d’alcool – c’est fait. J’écoutais surtout Brel pour écrire, mon premier père spirituel, toujours chéri d’amour et de rage. Distribué en Bretagne et dans quelques librairies parisiennes, le tirage est évidemment épuisé. Il m’en reste quelques uns, pour caler des trucs…

“Delicta Mortalia – péché mortel”, Editions Balle d’Argent, 1995.

Emporté par l’élan du premier roman, mon premier polar débarque, toujours à Rennes. Outre l’arrivée de Mc Cash (voir par ailleurs), ce bouquin hystérico-nihiliste partant dans tous les sens souligne ce qu’on savait déjà : j’en fais trop. Une phrase commence par un rapport de légiste et finit par un passing-shot de Jimmy Connors dans la gueule de Lendl. N’importe quoi, mais on rigole. Enorme fête pour la signature (alcool, herbe, dance-floor, musique, filles superbes) dont ma seule performance consista à écrire à toute berzingue 180 dédicaces différentes et stylées aux ami(e)s venus à la rescousse. Merci les Rennais. Pour le reste, « delicta mortadelle » comme je l’appelle, foisonne de personnages marrants pour un résultat indigeste, sorte de sous Pulp Fiction avec des bouts de cervelles éparpillées. J’écoutais surtout les Road Runners (salut Frandol !). Comme pour le premier roman, il m’en reste une poignée d’exemplaires, en-dessous de tout.

“Les mystères de l’oued”, Polar du Routard, 1999.

Une commande.Le seul intérêt de ce livre concerne mon premier voyage dans le sud-est marocain, une merveille, avec le non moins merveilleux Jérôme Radigois (voir par ailleurs). On ne pense pas la même chose du héros récurrent de ce livre, qui non seulement travaille pour le Guide du Routard (et pourquoi pas la Société Générale pendant qu’on y est) mais s’avère aussi complètement débile. Enfin, j’ai pu rencontrer sur place une chercheuse défenseuse des Droits de la Femme au Maroc, échange très intéressant. Le reste ne vaut pas un pet de chameau. Généralement, quand je me retrouve avec ce livre dans un festival, je le jette par-dessus mes camarades.

“Les causes du Larzac”, Edition Mango, 2000.

Une commande, également écrite en deux mois. Le seul intérêt de ce roman « écolo » concerne ma rencontre avec les amis de José Bové, alors peu connu, avant la manif de Seattle, et leur combat face aux affameurs de la FNSEA. M’étant fait arnaquer en court de route par l’éditeur (mes années RMI…), l’écriture est quasi nulle. D’ailleurs, je crois que je n’écoutais rien en écrivant.